Et si nous nous promenions dans les bois en compagnie du Soldat Chamane - L'intégrale 2 ?


Je continue ici ma plongée dans cet univers  si particulier.

Plongée semble être le mot juste tant l'immersion est totale. Les sensations de gène, d'oppression et d'étouffement s'insinuent dans l'esprit du lecteur au fur et à mesure que l'histoire de Jamère se déroule et particulièrement à la fin de ce second opus.... 
C'est en quelque sorte une plongée en eaux troubles.
Mais ici, c'est la forêt qui fait office de mer indomptable et la magie, de courant revêche et sans pitié emmenant Jamère au bord d'un gouffre abyssal.
Et oui, Jamère, enfant maudit, fera face à l'inexorable et ira enfin au devant de cette forêt, de son peuple, les ocellions, et surtout, fera face une nouvelle fois à la terrible peste ocellionne. Il vivra alors des scènes cauchemardesques que je préfère garder sous silence, tant elles sont stupéfiantes et qu'à trop raconter cette histoire, je risquerais de vous gâcher son impact à la lecture...

Voici donc l'intégrale 2 du Soldat Chamane, un énorme pavé de 794 pages, qui regroupe en réalité trois livres, les tomes 3 à 5 de ce cycle, Le fils rejeté, La magie de la peur, et Le choix du soldat.




Précisons ici que cette intégrale n'est autre que le véritable livre paru initialement. C'est en effet lors de sa traduction que les maisons d'édition françaises ont décidé de le  scinder consciencieusement en plusieurs parties avant de le publier... Un choix qui, me semble-t-il, pourrait donner une vision erronée de l'oeuvre de Robin Hobb...
Et cette oeuvre reste à part dans la bibliographie de cette fabuleuse auteure...

Jamère est ici encore malmené. Rarement j'ai vu personnage principal aussi torturé par son créateur. Robin Hobb est sans pitié avec sa création et c'est sans doute cette longue et interminable descente aux enfers qui fait souffrir le lecteur. Je la trouve cependant indispensable et toutes ces étapes, tous ces drames que subit l'infortuné sont essentiels à son histoire. De même, les doutes et les craintes de Jamère, si bien narrés par l'auteur, peuvent parfois paraître rédhibitoires... Ils font pourtant partie du roman et l'on n'en comprend que trop bien l'utilité lorsque l'on arrive à la dernière page.
Essentiels mais peu habituels en Fantasy, ce qui a valu un accueil mitigé au Soldat Chamane.
Viennent ensuite quelques épisodes assez crus sur les relations de Jamère avec ces dames  qui laissent pantois les lecteurs de Hobb, peu habitués à ce genre de scène...
Et là encore, elles sont importantes.
Notre auteure a pris des risques en plongeant ses fans dans un univers atypique, plus sombre que les précédents et où son unique personnage semble subir des coups du sort de plus en plus terribles.

Et pourtant, Jamère se bat.
Il se bat contre lui et ses états d'âme, contre La Magie, terrible fléau des océllions qui consume sa vie et modifie autant son physique que son âme de manière irrémédiable. Il se bat contre son père, tyran honteux d'avoir hérité d'un fils maudit. Il se bat contre ses plus proches amis et tente désespérément de se faire aimer, et c'est là, semble-t-il, sa plus grande souffrance. Il se bat contre l'armée gernienne qui le rejette et qu'il réussira malgré tout à intégrer...
Et son combat continuera.

La tournure du roman est unique. Les événements qui jalonnent la route de Jamère sont si particuliers qu'ils sont difficiles à décrire dans une chronique sans trop en révéler sur l'intrigue.
Cependant, on retrouve une quête initiatique, si chère à Hobb, une route à suivre, et c'est tout un symbole chez cette auteure.

Fitz, dans L'Assassin Royal, en a suivi une pour rejoindre son roi. Les serpents de mer, dans Les Aventuriers De La Mer, ont pourchassé des courants, dans l'espoir de survivre à un sort des plus funestes. Les dragons mal-formés, dans Les Cités Des Anciens, ont remonté un fleuve interminable pour rejoindre une cité des anciens perdue en pleine jungle...

Et bien c'est au tour de Jamère de remonter la route du roi et de se retrouver au pied du royaume ocellion, devant un peuple hors-normes, qui pourrait être confondu avec de simples sauvages...
Mais le sont-ils vraiment ?

Je reste persuadé que cette oeuvre reste à part dans cette fabuleuse collection de mondes qu'à créée Robin Hobb. Elle me semble unique et indispensable, mais en toute sincérité, elle prend parfois l'allure d'une épreuve à lire, tant son personnage principal souffre le martyre pour évoluer dans un monde qui le rejette de toute part et où il souhaite s'intégrer à tout prix.
Alors ne désespérez point lorsque vous franchirez les portes de cet univers et insistez, persistez. Ce sera payant, croyez-moi, et vous resterez sidéré face à la construction de ces deux peuples antagonistes. 
Les Ocellions défendent non sans raison une nature féroce et indomptable, mystifiée et La Magie, sorte de mécanique implacable qui leur sert d'arme ultime, leur rend autant service qu'elle les fait souffrir. 
Les gerniens, quant à eux, nous ressemblent beaucoup. Capitalistes et agressifs, ils obéissent à un roi obtus, et à son fer de lance, La Cavalla. Ils sont persuadés de libérer les ocellions de leur ignorance.  
Et surtout, surtout, vous ne pourrez que douter autant que Jamère, pauvre âme torturée, prise entre ces deux feux, littéralement déchirée. Il aura bien du mal à choisir son camp... 

Qu'importe, l'auteure le lui imposera !




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